Travail de deux pistes: L’appuyer

Travail de deux pistes: L’appuyer

Avec l’étude de l’épaule et de la contre-épaule en dedans (nous en avons parlé dans l’article précédent), le cheval comprend dorénavant « l’effet de la jambe isolée » (une seule jambe agit). L’apprentissage de l’appuyer lui sera enseigné uniquement quand, dans cet exercice précédent, l’animal se sera livré avec franchise et dynamisme, n’opposant pas du tout de résistance aux demandes du cavalier. « L’on entend, par absence complète de résistance, que l’animal réponde à la plus fine sollicitation du cavalier, et ce avec une entière collaboration, laissant croire aux spectateurs que durant toutes ces figures, l’animal s’exécute pour ainsi dire tout seul. » Durant l’appuyer, le cheval avance tout en se déplaçant latéralement. Cependant, contrairement à l’épaule en dedans, il est infléchi, il regarde dans la direction où il va. Ce qui augmente la flexion et le parcours du postérieur qui est en l’air et qui doit croiser pour se poser en avant du postérieur qui est au sol. Pour demander les premiers pas d’appuyer, il est préférable de partir de la ligne du milieu en direction de la paroi. Le cheval étant naturellement attiré par ces éléments « extérieurs » (la sortie, l’attraction du pare-botte…), s’en servir ne pourra que faciliter la progression du dressage.

Nous débuterons donc sur la ligne médiane par une légère épaule en dedans. Celle-ci donne le pli correct pour l’appuyer et place les épaules de l’animal légèrement en avant des hanches. Pour passer par exemple de l’épaule gauche en dedans à l’appuyer à gauche, le cavalier commencera par déplacer son poids, chargeant davantage l’étrier gauche. La jambe droite « placée en arrière de la sangle » se souciera du déplacement latéral des hanches du cheval. Les mains seront légèrement mobiles latéralement afin de pousser les épaules du cheval vers la gauche ou, à l’inverse, de les retenir si ces épaules précédaient de trop les hanches. Trouver une juste combinaison des aides durant l’apprentissage des pas de côté, sans pour autant troubler l’animal par des gestes inutiles, voilà une phase délicate dans l’enseignement de ce nouvel exercice. Mais le plus subtil, lorsque l’on passe comme ici de l’épaule gauche en dedans à l’appuyer à gauche, est certainement de maintenir l’inflexion du cheval à gauche. Sa tendance étant de modifier « son pli », afin de s’économiser. Si le cheval a été mis à l’effet de cintrage (un seul éperon agissant à la sangle, le cheval s’incurvant autour), l’on peut y avoir recours à ce moment précis. Mais cette aide est délicate d’emploi et demande une grande indépendance des aides ainsi que beaucoup de tact équestre. Sans cela, la rêne intérieure se chargera de maintenir l’inflexion désirée. Dès que le cheval aura donné quelques foulées d’appuyer sans trop de contrainte, il y a lieu de le flatter, afin qu’il comprenne que c’est cela que l’on attend de lui.

En préférant la qualité à la quantité, vous arriverez à des fins durables et efficaces. « Chaque jour un pas, un seul pas, mais chaque jour ». Quand l’exercice lui est compréhensible, qu’il l’exécute sur les deux mains, on peut commencer à le lui enseigner sur le cercle. Dans ce cas, selon que l’on désire un plus important croisement au niveau des antérieurs, l’on exercera l’appuyer sur le cercle, appelé « les hanches en dedans ». Dans cette figure, les antérieurs ayant un plus grand chemin à parcourir que les hanches, leur croisement sera plus ample. A l’inverse, l’appuyer sur le cercle « les hanches en dehors » augmente le croisement au niveau des postérieurs. Le choix des exercices, leur durée, l’exécution plus prolongée à une main qu’à l’autre, tout ceci dépendra du cheval, de son impulsion, de son irritabilité, de sa symétrie ou non quant à sa souplesse latérale.

Là encore, le cavalier devra compléter sa technique par son tact équestre, afin d’agir au mieux. L’épaule en dedans et l’appuyer dans toutes leurs formes (sur le cercle, au mur, dans les diagonales…), répétés quotidiennement et exécutés plus que par les seules aides du poids et de l’assiette, vont apporter au cheval une maniabilité que le commandant De Salin (écuyer à Saumur) imageait fort bien. Il voulait parler du cheval comme d’une « boule » sur laquelle le cavalier serait assis et qui, an moindre changement de poids, se dirigerait aussi bien en avant, en arrière que latéralement. Quant à la tête au mur, elle n’est rien d’autre qu’un appuyer exécuté à la paroi, les antérieurs sur la piste et les postérieurs décalés à l’intérieur du manège. Inversement pour la croupe au mur. Une fois ces exercices maîtrisés, les combinaisons de l’épaule en dedans et de la tête au mur, de la contre-épaule en dedans avec la croupe au mur, vont rendre d’énormes services dont chacun tirera le bénéfice selon la discipline choisie. Une chose est sûre, tout cela ne s’acquiert qu’après de longs moments d’entraînement et de réflexion. Vouloir aller toujours plus vite, adopter une seule méthode pour tous, ne se préoccuper que de briller par soi-même, sont, d’une manière générale, les tendances de la vie moderne; vie moderne dont le cheval a souvent grand peine à suivre le rythme.

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Travail de deux pistes: Épaule en dedans – Contre épaule en dedans

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Le travail de deux pistes, appelé également pas de côté, est une marche durant laquelle le cheval, tout en gardant le mouvement en avant, se déplace latéralement. Pour ce faire, il doit donc chevaler ses membres pour les poser devant ceux se trouvant déjà à l’appui. Cette façon de faire marcher son cheval développera chez lui une force et une maniabilité nécessaires pour l’exécution d’exercices plus complexes. Maniabilité que la marche (normale) d’une piste ne saurait apporter à elle seule. Ce travail sollicite toutes les grandes articulations de l’animal, obligeant les hanches à se ployer et provoque également « par une corrélation d’effet musculaire » la mobilité de la mâchoire (mise en main). Le travail peut s’effectuer aux trois allures, mais c’est principalement au pas qu’il prend toute sa valeur. En effet, le pas étant une allure à quatre temps, le cheval a tout loisir de croiser ses membres amplement, n’étant pas, comme dans le trot et le galop, restreint par un temps de suspension. Là également, comme pour le travail sur les courbes, l’on aura soin de répéter plus souvent les exercices de deux pistes du côté où le cheval a de la peine à s’incurver, cette façon de procéder possédant également la vertu d’assouplir latéralement le cheval. Nous débuterons cette série d’exercices par l’apprentissage de l’épaule en dedans.

Supposons maintenant le cheval au pas à main droite. Arrivé dans le coin du manège (de préférence l’un de ceux faisant face à la sortie), l’on exécutera une volte à droite; cela afin de préparer le pli de l’animal pour l’exécution de l’épaule droite en dedans. A la fin de cette volte, l’on doit amener en déplaçant légèrement les mains vers la droite les épaules du cheval à l’intérieur. Se trouvant ainsi sur deux pistes, les épaules légèrement à l’intérieur, sa tendance sera de marcher vers le centre du manège. A ce moment, l’action combinée du poids du cavalier chargeant davantage l’étrier extérieur, le buste vers l’arrière et l’effet des rênes empêcheront l’animal de marcher en direction du centre et l’obligeront, non pas à s’arrêter (manque d’impulsion) mais à marcher latéralement, en croisant les membres intérieurs par dessus et en avant des membres extérieurs. Se satisfaire d’une à deux foulées, puis, sans le remettre droit sur la piste, laisser les rênes s’allonger et caresser. Le cheval aura donné ses premières foulées d’épaule en dedans. Pour parvenir à des résultats durables et efficaces, garder toujours à l’esprit ces paroles du général Faverot de Kerbrecht: « Demander souvent, se contenter de peu, récompenser beaucoup. »

Le véritable rôle de la jambe intérieure du cavalier dans la pratique de l’épaule en dedans est de maintenir l’impulsion et également par des touches précises de l’éperon (effet de ceintrage) à la sangle, d’incurver latéralement le cheval. Elle peut cependant, accompagnée de la gaule, venir momentanément en arrière de la sangle pour aider le postérieur intérieur lors du croisement. A cet instant, son but est de pousser au moment où ce postérieur se lève, puis de cesser son activité au moment où le postérieur se pose, et ainsi de suite.

Les mains pourront également jouer plusieurs rôles. Effectivement, si le cheval décalait trop ses épaules vers la droite, une légère action des deux mains vers la gauche replacerait l’avant-main de l’animal à sa place. L’important durant tout ce travail n’est pas d’avoir, à propos des aides du cavalier, une règle stricte dans la tête, mais de sentir afin d’agir au mieux.

 

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On peut lire dans certains règlements au chapitre concernant les aides à donner pour l’épaule en dedans: « la jambe doit être placée ainsi, la main fera,cela… ». Or, il s’agit là d’un art et non d’une science exacte, d’un animal et non d’un instrument. Une directive de base est bien entendu nécessaire à l’exécution, mais le plus important est ensuite de sentir le degré de ployement avec lequel on entame l’épaule en dedans, l’impulsion nécessaire, la durée de l’exercice, etc… Tout ceci n’est pas l’affaire d’un règlement mais bien de tact équestre. Ainsi arrivera-t-on progressivement à plusieurs foulées, à des longueurs entières, l’important n’étant pas le nombre mais la qualité, la légèreté avec laquelle l’animal se livre à ce nouvel exercice. Si le mouvement est demandé avec force, au lieu de répartir équitablement son poids sur ses quatre membres, le cheval se trouve déséquilibré sur l’épaule extérieure. Il ne s’agit alors plus d’une épaule en dedans, mais d’une fuite en direction de l’épaule extérieure. Tous les exercices enseignés avec violence n’apprennent en fait à l’animal qu’à disposer de ses forces contre celles du cavalier. Bien que la compétition exige une épaule en dedans exécutée sur trois traces, cela n’exclut pas qu’à l’entraînement, l’on demande plus ou moins de pli et que l’on fasse marcher son cheval sur quatre traces, selon que l’on désire plus ou moins de croisement et d’incurvation.

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« Biblos », anglo-arabe de 5 ans, exécutant une contre-épaule droite en dedans. L’impulsion, l’équilibre et la légèreté sont des buts que l’on doit garder à l’esprit, quelle que soit la discipline que l’on a choisi. (Photo privée)

Quant à la contre-épaule en dedans, cela consiste à mettre les hanches du cheval sur une piste intérieure, les épaules demeurant à la paroi, l’animal regardant (comme pour l’exercice précédant) d’où il vient. La différence existant entre ces deux figures est particulièrement évidente lors du passage des coins ou sur le cercle. Dans l’épaule en dedans exécutée sur le cercle, les hanches du cheval, parcourant un plus grand chemin que les épaules, sont en effet plus mises à contribution et ont un plus grand croisement à fournir; tandis que c’est l’inverse lors d’une contre-épaule en dedans. Ces deux mouvements prennent de la valeur comme exercices de gymnastique, du moment qu’ils sont pratiqués régulièrement. Ils deviendront ainsi familiers à l’animal -qui s’exécutera comme il se doit à la moindre indication du cavalier.

« Cette leçon (épaule en dedans) produit tant de bons effets à la fois, que je la regarde comme la première et la dernière de toutes celles qu’on peut donner au cheval, pour lui faire prendre une entière, souplesse et une parfaite liberté dans toutes ses parties… ». J.F. R. de La Guérinière

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Ramener – Mise en main – Rassembler

Ramener – Mise en main – Rassembler

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En ce qui concerne la position d’un cheval « placé », l’on entend souvent dire (à tort): « Mon cheval est enrêné », « mon cheval est à la rêne ». Le mot qui convient pour qualifier un chanfrein qui avoisine la verticale est en effet « le ramener ». Le général Decarpentry, dans sa brillante œuvre littéraire « Equitation académique », le définit ainsi: « Le ramener, c’est la fermeture de l’angle de la tête avec l’encolure. La nuque restant le point le plus élevé. Le ramener est dit complet quand le chanfrein atteint la verticale. Quand il l’a dépassé derrière elle, le cheval n’est plus ramené, mais encapuchonné. »

Avec un jeune cheval, il va de soi qu’avant d’exiger que la nuque s’élève et qu’elle demeure le point le plus haut, l’on passera par des étapes progressives, pendant lesquelles l’on se souciera davantage de la décontraction du dos (descente d’encolure) que du placé élégant du cheval dans le ramener.

Le ramener tel qu’on le conçoit ici devrait être un but pour le cavalier, but que l’on obtient progressivement par des exercices de gymnastique (notamment ceux dont il est question dans cette série d’articles). En aucun cas l’on ne doit être « obsédé » par cette position que doit prendre le cheval. Cela entraînerait des tractions continuelles sur les rênes, l’application systématique d’enrênements ou, pire, des chevaux que l’on enrêne des heures durant dans leur box. Tout ceci ne provoque qu’un ramener forcé, blessant l’animal dans son moral, ramener dont le cheval aura tôt fait, à la moindre occasion, de se défaire.

Lors du ramener, parallèlement à « la cession de nuque », il est important d’exiger également « la cession de mâchoire ». La mise en main, « c’est la décontraction de la mâchoire dans la position du ramener ». Un cheval dans l’impulsion, qui se livre franchement aux exercices souhaités par son cavalier, celui dont la décontraction est totale, le signale souvent par une cession de mâchoire. Cette décontraction de la bouche ressemble alors à la légère mastication, telle que le cheval le fait lorsqu’il reçoit un sucre. A l’opposé d’un cheval contraint, qui ouvrirait exagérément la bouche pour fuir l’action du mors, ou de celui qui, énervé, claque ou grince des dents.

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François Baucher avait mis au point dans sa méthode d’équitation une série de flexions à l’arrêt ayant pour but d’obtenir cette mise en main. C’est là un travail délicat, dans lequel bon nombre de cavaliers (sans doute moins habiles que le maître ou n’ayant comme guide que ses écrits) se sont aventurés, ne récoltant que des déboires et accusant trop souvent la méthode elle-même. Etant donné le travail assez complexe que cela représente, nous ne l’exposerons point ici.

Durant le travail de « la mise en main », l’on devra exiger du cheval qu’au moindre appui de sa part sur le mors il mobilise sa mâchoire, tout en cédant dans sa nuque. Pour aboutir à ce résultat, l’on a recours à plusieurs procédés. Celui qui reste le plus plausible et le plus accessible à tous est le travail de « deux pistes » appelé aussi « pas de côté ». L’apprentissage de l’épaule en dedans et de l’appuyé dans toutes leurs formes, effectué dans l’impulsion aux trois allures, en plus de la souplesse, de la maniabilité qu’elle procure chez le cheval, agit également sur la décontraction de la mâchoire (mise en main). A la condition évidente que l’on encourage l’animal quand cela se produit. Car il est vrai qu’il se trouve des sujets que l’on peut qualifier de « timides » dont la mise en main est très brève.

Avec ces chevaux-là, l’on redoublera de tact, afin de ne pas les offenser en prolongeant inutilement l’exercice entamé lorsque la cession de mâchoire se fait sentir.

Les différences existantes entre l’équitation germanique et l’équitation de tradition française réside principalement dans cette décontraction de la mâchoire. En effet, les écuyers français exigeaient de leur monture qu’elle réponde franchement aux actions impulsives de l’assiette et de la jambe tout en cédant dans la mâchoire chaque fois que la main le leur demandait, Tandis que l’équitation allemande, par ces mêmes actions impulsives, amène le cheval à un appui franc sur la main.

Le rassembler, c’est un équilibre dans lequel se met le cheval afin de répartir également son poids entre l’avant-main et l’arrière-main, En observant les gravures des maîtres de Versailles, l’on peut se rendre compte que le rassembler exigé alors chargeait fortement l’arrière-main des chevaux. A l’évidence, les montures employées à cette époque étaient toutes de provenance ibérique. Les chevaux employés actuellement en dressage ne supporteraient pas un tel rassembler.

Le rassembler sera satisfaisant lorsque aux trois allures, lors des transitions, des pas de côté, des allongés, le cavalier aura ce sentiment d’impulsion et de grande légèreté. Le cheval « semble se porter » alors de lui-même; les grandes articulations (grasset, jarret, paturon) se ploient sous la masse, la nuque s’élève, le dos s’arrondit…

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Pour obtenir un rassembler, certains cavaliers s’occupent essentiellement d’élever très haut l’encolure et se contentent souvent de cette position gracieuse, sans trop se soucier du fonctionnement du dos et de l’arrière-main. L’important pour arriver un jour à ce que l’animal reporte son poids vers l’arrière-main (ceci afin d’équilibrer équitablement sa masse), c’est avant tout de préparer les postérieurs à recevoir ce surplus de poids. C’est donc en travaillant de concert le relèvement de l’encolure avec le ploiement des postérieurs sous la masse par des exercices de gymnastique tels que transitions, travail de deux pistes, reculer, etc., que le rassembler sera total et efficace.

Dès le premier jour du dressage d’un cheval, qu’il soit destiné à l’obstacle ou au dressage classique, l’on doit tendre vers cet objectif qu’est le rassembler avec les diverses étapes qu’il comporte, en ayant l’esprit de tolérance nécessaire face à cet être vulnérable qu’est le cheval.

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Les transitions

Les transitions

Comme nous l’avons souligné dans le premier chapitre traitant de la psychologie, le cheval possède un temps réel de concentration relativement restreint. Et ce temps décroît d’autant plus que le travail quotidien devient pour lui répétitif et morne. Or, trop de cavaliers conçoivent le travail journalier de leur monture d’une façon identique. Il en découle bien souvent l’image monotone d’un couple dominé par la lassitude.

Les transitions (changements) d’allure ou les transitions (changements de rythme) dans l’allure permettront entre autres de capter plus sérieusement l’attention de l’animal et seront garantes de plus de vivacité dans son entraînement habituel.

Notre cheval est déjà familiarisé avec la gamme des assouplissements latéraux. L’étude des transitions va alors nous aider à améliorer son équilibre. En effet, le cheval devra, lors des transitions descendantes (passage d’une allure supérieure à une allure inférieure), vousser son dos en engageant ses postérieurs sous la masse et ainsi alléger son avant-main. Par contre, les transitions montantes et les allongés contribueront, eux, à la détente des jarrets et des postérieurs. Cependant, il faudra prendre garde lors de l’exécution des transitions montantes, comme plus tard pour les allongés, d’avoir le sentiment d’un cheval qui pousse et non d’un cheval qui, sous l’action impulsive des jambes et de l’assiette, précipite alors son poids et celui du cavalier sur l’avant-main, laissant à la traîne une croupe lourde et contractée.

Pour les jeunes chevaux (qu’ils soient apathiques ou au contraire nerveux), ces fréquentes variations d’allures vont leur permettre de s’accoutumer aux aides du cavalier et d’en comprendre le sens. J’ai le souvenir d’un cheval qui nous avait été confié. Il s’agissait d’un animal dont le physique faisait envier à plus d’un connaisseur. Néanmoins, malgré son excellente constitution, son dressage était difficile. Il craignait fortement les aides de son cavalier, négligeant totalement les effets de l’assiette et de la main, si fermes fussent-ils. Il s’emportait par contre à la moindre action des jambes ou de la cravache. Il était devenu pour son propriétaire difficilement contrôlable lors des parcours de saut, sans parler des épreuves de dressage. Nous avons entrepris un patient travail sur les courbes avec, dans un même cercle, plus de six ou sept transitions. Très vite, le cheval ne craignait plus la jambe, mais s’y était habitué. Il répondait également aux actions d’assiette et de main, qui pourtant lui étaient incompréhensibles quelques mois auparavant. « Il était à l’écoute des aides ».

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… effectuée dans le calme et l’impulsion, l’action de l’assiette et du buste devra bientôt remplacer, lors des transitions descendantes, l’action « plus ferme » de la main…

Quant à l’étude des allongés, il faut veiller à ne s’y aventurer qu’avec un cheval se trouvant déjà dans un certain équilibre, capable de se soutenir de lui-même dans les trois allures. La tendance actuelle est d’entreprendre ces exercices d’allongés trop vite, trop tôt dans l’éducation de nos montures et d’en abuser. Ainsi envisagée, la pratique des allongés tend à rompre l’équilibre recherché précédemment et nuit au rassemblé. Durant l’allongé, on doit permettre au cheval de faire une légère extension d’encolure, mais on ne peut en aucun cas l’abandonner de la main ou l’exciter (piquer) de la jambe. Le but est de tendre (rassembler) son cheval à l’aide d’une volte, d’un coin, d’un appuyé… effectués avec le maximum d’impulsion, pour ensuite permettre à l’animal, dans l’allongement, la détente de ses « ressorts ». Il faudra avoir la sagesse de se contenter au début de quelques foulées; puis avant que le cheval ne creuse son dos ou qu’il ne rompe son équilibre, il faut cesser l’exercice et récupérer « le rassemblé »à l’aide de la volte… L’endroit du manège où l’on décide d’entreprendre ces allongés joue également un rôle important; la proximité d’autres chevaux, l’entrée du manège sont des éléments à prendre en considération. Concernant les aides du cavalier lors de l’exécution des transitions montantes, l’action « douce »de l’assiette et de la jambe demandera dans un premier temps à l’animal de se porter en avant. Si cela ne suffit pas, on aura recours à l’aide plus ferme du talon ou de la cravache. Le cheval s’étant livré à cette action rapide et répétée, on procédera immédiatement à une descente de jambes (cessation de toute action de la jambe). Si cela est effectué avec calme et énergie, notre monture aura vite assimilé le rôle de l’assiette et de la jambe à celui plus ferme du talon. Bientôt, seule l’action modérée de l’assiette suffira. Il existe lors de l’éducation d’un cheval bon nombre d’exemples de ce type d’associations d’aides plus ou moins fermes, l’important étant d’aboutir finalement à la douceur et à la légèreté.

Cela est également valable pour les transitions descendantes qui devraient s’effectuer plus à l’aide du buste et de l’assiette qu’à l’aide de la main. C’est quand l’on arrive à demeurer le plus longtemps possible en descente de jambe et de main qu’il y a une véritable harmonie, que le dialogue muet entre l’homme et l’animal devient passionnant.

« On ne peut dresser un cheval les rênes mi-longues! », me dit un jour un « écuyer ». Pour que le dressage soit un échange de sentiments, il faut que le cheval puisse répondre, et de préférence sans contrainte. Les rênes milongues, les jambes relâchées sont la preuve d’une compréhension réciproque, celle qui donne naissance à cette complicité sublime à laquelle devrait tendre le cavalier soucieux de bien faire; cependant, comme pour bien des sentiments, seuls ceux qui sont parvenus à ressentir cette complicité en comprennent réellement le sens.

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Psychologie

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«Quand le cheval oppose une résistance à la demande du cavalier, c’est bien plus souvent dû à une incompréhension ou à un problème physique chez l’animal qu’à sa mauvaise volonté. C’est donc, par delà son mécanisme, sa volonté qu’il faut atteindre, et la gagner jusqu’à ce qu’elle ne fasse plus qu’un avec la nôtre.» Ch. Raabe

Charles Raabe, élève du grand Baucher, nous mettait en garde, il y a plus d’un demi-siècle. Bien d’autres illustres écuyers avant lui ont traité de la psychologie animale et ont expliqué pourquoi il est fondamental que tout cavalier qui entreprend le dressage d’un cheval possède lui-même des connaissances de psychologie, tout au moins des notions de base. Cependant, combien de fois voit-on encore à notre époque des cavaliers imposer leur volonté par la force à des chevaux qui se transforment alors en bouc émissaire. Bien des cavaliers savent comment demander telle ou telle figure, mais en ignorent trop souvent le pourquoi. Tous les exercices, qu’ils soient de base, ou plus complexes, ont des raisons d’être, ainsi qu’un certain ordre logique d’évolution à respecter. Seule une parfaite technique alliée à des vertus humaines telle que la patience, l’humilité ou la remise en question vont permettre l’harmonie entre deux êtres naturellement opposés. Il ne faut en effet pas oublier que le cheval est par nature un herbivore, donc une proie, doté d’un instinct (action non contrôlée) de fuite dominant. Dans la nature, chez cet animal, tout se passe rapidement, que ce soit l’accouplement, la mise bas, le sommeil, etc. Tous ces instants critiques pour lui où il peut être la proie idéale pour un éventuel prédateur (carnivore). Quant à l’homme, il fait aussi, à l’état sauvage, partie de ses « ennemis » et vouloir posséder et dominer font partie de sa vie quotidienne. Une barrière est donc depuis toujours dressée entre ces deux êtres et il ne tient qu’à nous de la franchir.

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Nathalie Staehlin et « Zubemand », pur-sang lusithanien de 13 ans, au passage.

La nature a doté l’homme d’une intelligence supérieure à l’intelligence animale. Donnons donc cette preuve en imposant non point la force à un animal peureux de nature et qui pèse en moyenne une demi-tonne, mais plutôt des actions réfléchies, donc contrôlées. Il faut prendre garde à cela surtout lors de résistance de la part du cheval. Le choix nous est donc donné à nous cavaliers. Soit de parler un langage grossier et musclé qui recevra comme écho la réponse d’un ennemi ou plus triste encore les plaintes d’un esclave, soit de parler au cheval comme à un ami à qui l’on parviendra alors à confier sans retenue nos émotions.\r\n\r\n

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Alain Devaud et « Bach », pur-sang lusithanien de 9 ans, au piaffer.

 

De longs moments de pratique nous ont amené à comprendre que dans la majeure partie des cas où il y a désaccord entre cavalier et cheval, le simple fait d’insister sur un point qui engendrerait quelques résistances suffit souvent à faire comprendre au cheval nos intentions et nous permet par là-même de demeurer dans un calme parfait, conditions sine qua non de la réussite.

Le cheval trouve alors face à l’insistance de son cavalier la punition morale à sa désobéissance. « Ceci n’engendre pas de lutte physique. » Il faut cependant s’empresser de récompenser dès qu’il y a le moindre effort de soumission de la part de l’animal. Faites appel dans de pareils cas à votre tact équestre, car si, à cet instant précis, le cheval n’a pas trouvé dans son effort la reconnaissance souhaitée, il ne comprendra jamais la différence entre le bien et le mal. De simples exercices deviendraient alors d’une incompréhension totale pour le cheval. « Quand le professeur punit l’élève d’une faute, il l’a puni, soit, mais la réponse correcte n’a cependant pas toujours été expliquée. » Lorsque l’on parle de récompense, ceci comprend pour le poulain des actions bien marquées, telle que la caresse, l’abandon des rênes, la reconnaissance par la voix, etc. Chez le cheval dont le dressage se confirme, une simple descente de main et de jambe suffisent souvent; ils sont de plus les signes d’une parfaite légèreté.

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Passion et réflexion – introduction

Passion et réflexion – introduction

Avril 1992, au coeur de la campagne portugaise, un matin comme les autres: dans le paisible manège de la Quinta Do Brèjo. Nous avons le privilège de monter des chevaux d’école aux qualités exceptionnelles. Grâce à ces montures, nous sommes en mesure de nous faire une riche idée de la haute école, enchaînant piaffer, passage ou changement de pieds. Tout ceci sous l’oeil expert de l’un des plus grands artistes de la scène équestre actuelle, je veux parler de João Oliveira.

Souvent ignoré, à tort, par les adeptes de la compétition, ces chevaux ibériques, quelle que soit leur provenance, demeurent de parfaits sujets, répondant avec grâce aux plus hautes exigences de l’équitation.

Nathalie et moi faisons partie de ces « écuyers » qui tentent de faire évoluer leur monture avec joie et passion, tant il est vrai que nous aimons le cheval avant l’équitation. De cette dernière, nous apprécions grandement le côté artistique plus que le côté sportif. Ce qui nous situe « en tant que professionnels » en marge de ce qui se pratique actuellement.

A l’évidence, quand il vous a été donné de ressentir tellement fort ces moments d’intense bonheur et de complicité avec l’animal, vous réalisez alors que lui seul est à même d’apprécier, de juger vos actions et d’y répondre avec une loyauté et une spontanéité immédiate.

Du Portugal à la Belgique, nous avons consacré plus d’un an et demi à pratiquer aux côtés de João Oliveira une équitation des plus simples et des plus pures. Celle qui laisse au cheval une liberté d’expression peu commune, celle qui nous permet dès lors de prétendre à la haute équitation, à sa pratique ou à son enseignement oral ou écrit, tel que nous l’envisageons dans une séries d’articles commentant diverses figures classiques.

Après un article d’introduction traitant de la psychologie, les exercices seront pris dans un ordre croissant. Débutant par une gymnastique simple et appropriée, nous amènerons progressivement notre monture dans un équilibre et un rassemblé lui permettant la pratique des airs de haute école.

Notre but étant, à travers ces écrits, non point d’imposer une méthode, mais de faire découvrir aux lecteurs le long chemin de la poésie équestre.

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