Article paru dans le journal LA GRUYERE, n° 116, Mardi 8 octobre 2002

Centre équestre à Vuadens

«Une école d'abnégation»

Le maître écuyer Alain Devaud sillonne la Suisse et l'Europe depuis une quinzaine d'années pour découvrir toutes les facettes du cheval.
De retour en Gruyère, il vient d'ouvrir un centre équestre à Vuadens.
Sa profession? Sculpte
ur de cheval.


«La compétition a sauvé le cheval de selle, reconnaît Alain Devaud. Mais la maîtrise technique a aussi besoin d'âme.»

Eriger l'équitation en art de vivre: c'est l'ambition du Gruérien Alain Devaud, qui vient d’ouvrir le centre équestre «Les Kà», du côté du Maupas, à Vuadens. Transformation de sa ferme classée, aménagement de treize boxes spacieux, d'une sellerie et d'une buvette familiale, création d'un rond de longe et d'un carré de dressage aux dimensions de concours: «Avec des amis, j'ai passé près de dix-huit mois à mettre sur pied ce centre,, explique Alain Devaud. Et les travaux n'étaient pas simples pour un écuyer! Mais j'y ai mis du coeur et de l’énergie.»

Pour exploiter «Les Kà», le Gruérien compte bien mettre à profit son expérience atypique. A dix-huit ans, il découvrait en effet sa vocation lors d'un stage au Chalet-à-Gobet, puis quittait Marsens pour écumer les manèges de Suisse romande et passer son CFC d’écuyer, en trois ans. «J'avais acquis une bonne technique, mais j'étais aussi attiré par une équitation plus artistique, moins sportive, telle qu'on la pratique encore dans le Sud. Pendant un an et demi, je suis donc parti me former au Portugal, auprès du maître João Oliveira, qui enseigne encore des techniques proches du XVIIIe siècle.» Le Gruérien passe ensuite une maîtrise fédérale d’écuyer en Suisse. Tout en gérant successivernent quatre écoles d’équitation, à Bulle, à Faoug (dont il dirigeait également le manège), à Ardon, puis à Sion, où il enseigne encore.

Faire ses gammes

«J'ai une certaine polyvalence» conclut le trentenaire, qui sera assisté par une écuyère diplômée et par une palefrenière. Les spécialités du centre? Le débourrage, les cours de tous niveaux, le travail en vue de la compétition (dressage ou saut), ainsi que la haute école, avec ses piaffés et autres pas espagnols. Quant aux boxes, assortis d'un parc de 1,3 hectare, ils permettent d'accueillir six pensionnaires - une nouvelle halle couverte doté de dix boxes supplémentaires sera d’ailleurs mise à l’enquête prochainement. Et la vente de chevaux, en l’occurrence de trois poulains lituaniens, figure également à l’offre.

«La discipline est la base de tout, explique Alain Devaud en définissant sa philosophie. Certains jettent de la poudre aux yeux des débutants, en annonçant des progrès fulgurants. Mais il faut savoir prendre le temps de faire ses gammes, pour acquérir une technique et pour la sublimer.» En attendant, le Gruérien distingue deux grandes catégories d'élèves: ceux pour qui le cheval est un animal mythique, et qui doivent acquérir une certaine autorité sur ces 500 kilos de muscles. Et ceux qui se surestiment, deviennent volontiers dominateurs (voir ci-dessous), et se servent du cheval comme d'un piédestal.


Le cheval pour maître
A tous, il propose une seule et même échelle d'enseignement, qui permet d’évaluer la progression du cheval et de son cavalier. Partant du respect mutuel du maître et de l’animal, elle évalue la maîtrise de l’impulsion et des allures du cheval, ainsi que le travail sur sa musculature (le ramener et finalement le rassembler). «Le cheval est un athlète dont on sculpte l’attitude, les formes et les muscles. Tout en sachant qu'il est aussi le véritabte maître: il faut savoir l’écouter, déceler son potentiel. C’est là que l’équitation prend toute sa dimension. Elle fait appel à des vertus comme la patience, l'humilité et la fermeté. C'est une école d’abnégation.»

SZ
Photo : C. Haymoz

Renseignements au 079 451 70 07

Dialogue muet

Pour Alain Devaud, pas question d'imposer sa volonté au cheval par la force: un cavalier doit connaître la psychologie et le langage du cheval lorsqu'il entreprend de le dresser. «Il faut surtout se débarrasser de tous les préjugés anthropomorphiques, accepter d'entrer dans un autre monde et dans une autre logique.» Car le cheval est avant tout un herbivore, une créature grégaire, sans cesse sur le quivive, et qui privilégie la fuite. «À force de persévérance et de tact équestre, on peut transformer cette crainte en respect, et même en complicité.» Mais, outre ces limites instinctuelles, le cheval possède un temps de concentration restreint. «Dans ]a majorité des cas, lorsqu'il n'exécute pas une action, c'est parce qu'il ne comprend pas les intentions du cavalier, ou qu’il n’en est pas capable. Et la force n'y changera rien.»

SZ

www.leska-equitation.ch - Centre équestre Alain Devaud, Vuadens, Gruyère