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PASSION
ET RÉFLEXION
Série d'articles écrit par
Nathalie Staehlin et Alain Devaud, publiés dans le magazine
"Le cavalier Romand".
Psychologie
«Quand le cheval oppose une résistance
à la demande du cavalier, c'est bien plus souvent dû
à une incompréhension ou à un problème
physique chez l'animal qu'à sa mauvaise volonté. C'est
donc, par delà son mécanisme, sa volonté qu'il
faut atteindre, et la gagner jusqu'à ce qu'elle ne fasse
plus qu'un avec la nôtre.»
Ch. Raabe
Charles Raabe, élève du grand Baucher,
nous mettait en garde, il y a plus d'un demi-siècle. Bien
d'autres illustres écuyers avant lui ont traité de
la psychologie animale et ont expliqué pourquoi il est fondamental
que tout cavalier qui entreprend le dressage d'un cheval possède
lui-même des connaissances de psychologie, tout au moins des
notions de base. Cependant, combien de fois voit-on encore à
notre époque des cavaliers imposer leur volonté par
la force à des chevaux qui se transforment alors en bouc
émissaire. Bien des cavaliers savent comment demander telle
ou telle figure, mais en ignorent trop souvent le pourquoi. Tous
les exercices, qu'ils soient de base, ou plus complexes, ont des
raisons d'être, ainsi qu'un certain ordre logique d'évolution
à respecter. Seule une parfaite technique alliée à
des vertus humaines telle que la patience, l'humilité ou
la remise en question vont permettre l'harmonie entre deux êtres
naturellement opposés. Il ne faut en effet pas oublier que
le cheval est par nature un herbivore, donc une proie, doté
d'un instinct (action non contrôlée) de fuite dominant.
Dans la nature, chez cet animal, tout se passe rapidement, que ce
soit l'accouplement, la mise bas, le sommeil, etc. Tous ces instants
critiques pour lui où il peut être la proie idéale
pour un éventuel prédateur (carnivore). Quant à
l'homme, il fait aussi, à l'état sauvage, partie de
ses "ennemis" et vouloir posséder et dominer font
partie de sa vie quotidienne. Une barrière est donc depuis
toujours dressée entre ces deux êtres et il ne tient
qu'à nous de la franchir.

Nathalie Staehlin et "Zubemand", pur-sang
lusithanien de 13 ans, au passage.
La nature a doté l'homme d'une intelligence
supérieure à l'intelligence animale. Donnons donc
cette preuve en imposant non point la force à un animal peureux
de nature et qui pèse en moyenne une demi-tonne, mais plutôt
des actions réfléchies, donc contrôlées.
Il faut prendre garde à cela surtout lors de résistance
de la part du cheval. Le choix nous est donc donné à
nous cavaliers. Soit de parler un langage grossier et musclé
qui recevra comme écho la réponse d'un ennemi ou plus
triste encore les plaintes d'un esclave, soit de parler au cheval
comme à un ami à qui l'on parviendra alors à
confier sans retenue nos émotions.

Alain Devaud et "Bach", pur-sang lusithanien
de 9 ans, au piaffer.
De longs moments de pratique nous ont amené
à comprendre que dans la majeure partie des cas où
il y a désaccord entre cavalier et cheval, le simple fait
d'insister sur un point qui engendrerait quelques résistances
suffit souvent à faire comprendre au cheval nos intentions
et nous permet par là-même de demeurer dans un calme
parfait, conditions sine qua non de la réussite.
Le cheval trouve alors face à l'insistance de
son cavalier la punition morale à sa désobéissance.
"Ceci n'engendre pas de lutte physique." Il faut cependant
s'empresser de récompenser dès qu'il y a le moindre
effort de soumission de la part de l'animal. Faites appel dans de
pareils cas à votre tact équestre, car si, à
cet instant précis, le cheval n'a pas trouvé dans
son effort la reconnaissance souhaitée, il ne comprendra
jamais la différence entre le bien et le mal. De simples
exercices deviendraient alors d'une incompréhension totale
pour le cheval. "Quand le professeur punit l'élève
d'une faute, il l'a puni, soit, mais la réponse correcte
n'a cependant pas toujours été expliquée."
Lorsque l'on parle de récompense, ceci comprend pour le poulain
des actions bien marquées, telle que la caresse, l'abandon
des rênes, la reconnaissance par la voix, etc. Chez le cheval
dont le dressage se confirme, une simple descente de main et de
jambe suffisent souvent; ils sont de plus les signes d'une parfaite
légèreté. |
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